capture_decran_2016-03-26_a_17.53.50 - Petit Paumé

Mais qui sont Les Chineurs ?

La vie au Petit Paumé

le 26/03/2016

A partir de maintenant et chaque mois, Le Petit Paumé rencontre Quentin et Anthony, a.k.a Jean-Mi et G’Boï, 23 et 24 ans, les fondateurs de la communauté des « Chineurs ». Leur truc, c'est le chinage, le digging pour les bilingues, mais c'est en gros le fait de retrouver des morceaux géniaux et oubliés dans des bacs à vinyles plus ou moins poussiéreux. Ils vont nous parler d'eux, de la scène lyonnaise et surtout des soirées passées et à venir qu'ils recommandent. Ils nous balanceront aussi chaque mois leur playlist des artistes lyonnais à ne pas rater.

Les deux trublions se craquent depuis deux ans sur Facebook pour partager les meilleures pépites musicales à travers leurs pages qui doivent beaucoup à la première d'entre elles, Chineurs de House (C.D.H). Ils fêtaient aussi en début de mois le premier anniversaire de leur label, La Chinerie, et le lancement de leur premier vinyle. Actualité chargée, donc.

  • Rencontre avec les figures de proue du renouveau de la scène électronique lyonnaise

    Salut les mecs ! Comment vous vous êtes connus et comment tout ça a commencé, ici, à Lyon ?

    Quentin : On s’est connu dans un magasin de vêtements où on travaillait ensemble en tant que vendeurs. On a très vite sympathisé parce qu’on diggait du rap des années 90s tous les deux, chacun dans notre coin. Petit à petit on est devenus potes, on a même eu un petit groupe de rap qui s’est crée dans l’ancien appart d’Antho, à force de descendre des bières et de lâcher nos meilleures phases, c’était le Bière Plume Project.

    Antho : Après on a crée notre première asso quand j’ai commencé à mixer, à l’été 2013. C’était y’a pas si longtemps en fait ! En septembre je me suis acheté un petit contrôleur de merde, j’ai commencé à mixer dans des soirées dans un petit bar à Lyon. En décembre je me suis dit qu’il fallait investir, donc je me suis débrouillé pour acheter ma première platine vinyle, un MPC et un autre contrôleur.

    Q : Petit à petit, les « apéros rap » qu’on organisait se sont transformés en « apéro mix », sous l’impulsion d’Anthony et d’autres potes qui commençaient à bien se débrouiller. A l’époque je m’en foutais du mix moi, mais j’étais dans un master en gestion de projet à la fac. Du coup on a fait d’une pierre deux coups, le deal en gros c’était « vous vous mixez, moi je gère l’asso qu’on va créer autour ».

    C’est comme ça qu’est né notre premier collectif, Denise Records. Une association dont je suis toujours président mais qui meurt à petit feu, parce qu’on concentre tous nos efforts aujourd’hui sur La Chinerie. On a passé de bons moments et on a eu un gros succès avec Denise Records, en participant à un super projet qui s’appelait F.A.T (le Festival All Together, ndlr). On mixait devant 15 000 personnes au parc des Berges du Rhône le 8 Juin 2014, et en plus des DJ sets y'avait des jets de couleur dans la foule et plein d’autres trucs sympas, c’était un bel évènement. Mais après ça on a rien fait de « gros ».


    Et alors du coup comment vous est venue l’idée de lancer les Chineurs ?

    A : A côté de ça on mixait souvent au 42, où on avait pas mal de potes. Donc au fil du temps on devenait un peu les D.A (directeurs artistiques, ndlr) du 42, en organisant des soirées house le samedi, qu’on a appelé les soirées Culture Club. C’était surtout pour avoir une date par semaine, régulière et « à nous ». On jouait de la house et c’était cool, car notre but à l’époque était déjà de faire découvrir des « pépites » (morceaux ou albums inconnus du grand public, ndlr) house des années 1990 que les gens n’avaient pas l’habitude d’entendre en club. On a crée Chineurs de house en septembre 2014 pour créer une communauté. C’est très simple : on connaissait pas les gars qui écoutait de la house 90s comme nous. On a donc pensé à faire une page Facebook pour rencontrer ces gens qui kiffaient le même son que nous. C’était à la fois pour que chacun partage ses meilleures « pépites », et aussi pour faire découvrir la house à ceux qui ne connaissaient pas

    Rapidement la page Chineurs de House a évolué, et on a attiré des gens qui ne sont pas lyonnais. Les premières soirées Culture Club se sont vraiment bien passées au début, on a très vite rassemblé un peu de monde et c’était cool, mais ça s'est petit à petit estompé parce que c’était pas évident de rassembler les mêmes personnes toutes les semaines. Et puis là-bas il y a une clientèle d’habitués qui kiffent la musique plus commerciale, généraliste. On était obligés de s’adapter aux demandes de clients qui voulaient qu’on joue de la « merde », donc on a abandonné tout en revenant là bas de temps en temps. Quand je peux le faire j’y retourne, je joue de la house jusqu’à 1 h et après je balance ce que les gens veulent entendre. C’est un autre exercice, faire des trucs rigolos sans se prendre la tête même si c’est dépitant de voir que des gens préfèrent parfois des trucs qu’ils ont entendu 1000 fois plutôt que du son diggé, chiné.

     

    Et le nom alors, d’où ça vient « Les Chineurs » ? C’est plus un truc d’antiquaires, de vieux à la base quand même.

    Q :
    Au début Antho il voulait qu’on s’appelle les « Brocanteurs de house » (rires)

    Ouais c’est vrai que ça claque moins…

    A :
    Quand j’ai commencé à mixer, je passais énormément de temps sur Tracksource et Beatport (sites d’achat de musique en ligne, ndlr), et je dépensais environ cinquante balles par mois à chercher sur le net des skeuds que j’allais acheter. Donc on voulait mettre en avant ce côté recherché, chiné, comme dans les brocantes oui.


    En fait vous avez presque inventé un mot finalement ?

    A : On a vraiment crée ce mot pour remplacer le digging des anglais, le fait de découvrir des sons inconnus en fouillant chez les disquaires. Y’a pas de tradution exacte et aujourd’hui dans le vocabulaire français c’est le mot qui s’en rapproche le plus. Quand tu creuses en anglais c’est la même idée. Et les « creuseurs de house » ça sonnait moyen aussi (rires).

    Q : Le digging c’est notre vraie identité. C’est ce qui nous définit et qui rassemble les membres de notre communauté. En house, c’est les sonorités qui font la différence, ce qui est moins le cas pour le rap ou d’autres styles.


    Et alors comment vous expliquez le succès de la page, puis des pages Facebook ?

    Q :
    A l’époque du lancement du premier groupe Chineurs de house, mon coloc un peu hipster m’a fait remarquer que notre page était comme toutes celles dédiées au partage de sons qu’on pouvait trouver sur Facebook. Y’avait d’autres groupes qui marchaient bien c’est vrai, une qui s'appelait "29 novembre" ou un truc comme ça et "The Sound of the Undeground". On s’est donc demandé comment faire la différence tout simplement.
     
    Du coup on a mis des règles sur le groupe, notamment un filtre pour qu’on garde un certain contrôle sur la qualité et la cohérence des sons postés, qu’il n’y en ait pas trop non plus, et surtout un impératif de bonne humeur. On a aussi animé le groupe par des concours de pépites avec des lots à gagner à la clé. Le but de cette cagnotte c’est que celui qui avait la meilleure pépite la dépense pour s’acheter des nouveaux disques. Il faudrait qu’on le refasse ça d’ailleurs !

    Je crois qu’on a fait la différence grâce à un groupe organisé, qui ne soit pas laissé à la merci de leurs membres ni de la pub. Nous, il y a des filtres de publications qui font la différence, qui amènent de la clarté tout en respectant nos membres. C’est grâce à ça, pour nous, que le groupe a si bien marché. C’est aussi parce qu’il y a des communautés intéressées par le principe qui se sont développées dans d’autres villes. Donc petit à petit on a recruté des administrateurs pour ces pages qui se créaient en dehors de Lyon. On a laissé des admins mais on reste toujours un peu derrière. Sinon c’est le bordel (rires).

    A : Chineurs de house a tellement bien marché qu’on a lancé un sondage pour créer Chineurs de techno, qu’on a lancé, ensuite sur le même modèle Chineurs de rap et plus tard Chineur des origines. On est orientés musiques afro-américaines à la base, c’est ça le fil conducteur de nos pages. On voulait vraiment même pour la techno mettre des sons pensés, ou influencés, par des afro-américains de Detroit.

    Q : Chineur des origines ça fait depuis juin dernier, donc une fois que le rap avait bien pris. On s’ouvre à plein de trucs. On réfléchit même à ouvrir un Chineurs de Jungle / Drum’n’Bass. Faut toujours trouver comment animer les groupes, la communauté.

    A : On a aussi lancé la page Facebook La Chinerie l’année dernière pour rassembler la communauté qui s’éparpille, et c’est tant mieux, sur les différentes pages. C’était aussi pour remettre sur une seule et même page les meilleures sorties, les résultats de nos concours, les actualités etc.


    Et du coup, créer un label était la suite logique, c’est ça ?

    Q : Quand ça a a commencé à marcher, on s’est chauffé et l’idée d’un label est vite venue sur la table, oui. Au départ ça devait être lié à Denise Records, et finalement on a petit à petit évincé ça pour bâtir l’identité Chineurs.


    Ce qui est dingue c’est que votre communauté s’est tissée à travers toute la France, avec des pages Facebook dédiées non seulement par style mais aussi par ville.

    Q : Oui et ça s’est fait naturellement : nos admins FB venaient d’autres villes donc on a commencé à créer des groupes locaux, surtout à Lille au début. Ils ont lancé là-bas le concept des "Apéros Chineurs" : chacun apporte cinq disques et a le droit de les passer comme il le sent pour faire découvrir ses propres pépites. Après ça s’est fait naturellement, encore une fois avec les admins, et d’autres mecs qui se chauffaient dans chaque ville où on avait des membres.


    Et avec le recul que vous avez pris, c’est quoi les limites des groupes Facebook ?

    Q :
    Les limites c’est la mauvaise humeur, la pub et l’auto promo. Ok ce qu’on fait ça peut être vu comme de la « censure », y’a beaucoup de gens qui se font refuser deux/trois morceaux qui sont dégoutés, nous prennent pour des puristes. Mais c’est grâce à ce tri qu’on garde une certaine qualité, et dans la bonne quantité, sur nos pages. En parlant de ça on a même vu qu’il y avait un groupe parodique qui s’est crée, "Chineurs de Prout Musical". C’est un pied de nez ils se foutent de notre gueule en mettant du Lorie etc, au final ça nous fait rire. Quand tu grandis t’es obligé d’avoir des haters, c’est un témoin de ta réussite. Et puis ça reste bon enfant.

    A : Les groupes Facebook c’est ce qui nous a permis de bâtir et  d’entretenir la communauté, mais l’important pour nous maintenant c’est les évènements, le label, le shop (l’online retail dit Antho en se marrant). Le but du shop c’est quand même de rester dans le même esprit, d’avoir une sélection, de bonnes références, rester plus dans la qualité que la quantité pour pas faire de concurrence aux shops locaux. On veut rester lié avec les disquaires, on ne veut pas être un obstacle à cette économie locale de la musique qui est primordiale à nos yeux.


    Vous voulez pas empêcher les gens d’aller chez leur disquaire, en gros.

    A :
    Non, c’est une super démarche d’aller chez le disquaire ! C’est important d’aller chez son disquaire. En plus encore une fois c’est un milieu assez fermé, et nous on arrive avec une image de types assez (voire trop) ouverts, multi activités, une image qui peut faire peur. Donc faut pas oublier la base du concept : découvrir des pépites, mais aussi soutenir les scènes émergentes et l’industrie locale qui est derrière. Nous on a envie de se mettre en concurrence avec personne, on veut faire les choses bien dans le milieu et surtout soutenir le son lyonnais.


    Et alors pourquoi Lyon justement ?

    Q :
    C’est notre ville, on s’y sent bien, c’est là où on a commencé. A la base C.D.H c’était juste pour Lyon, parce que y’a plein de trucs qui se passent et que ça manquait de référencement pour la musique. C’est pas juste une ville de cœur, y’a un mouvement naissant dont on veut faire partie.

    A : Quand tu vois que même Red Bull avec leur Music Academy ont lancé Lyon is burning au Sucre, tu comprends que Lyon se met au niveau des grandes villes européennes niveau musical. Il y a une vraie effervescence qu’on sent, qui s’est développée avec Chez Emile Records, les Nuits Sonores et Le Sucre notamment. Marseille par exemple à côté c’est le néant dans ce genre de clubs. Si, l’été il y a les Jardins Suspendus mais sinon pas grand chose. Le public et les acteurs locaux sont assez déçus, c’est quelque chose qu’on entend assez souvent.
    Ce qui est cool c’est que d’autres villes en France et surtout en dehors de Paris se chauffent dans cette mouvance : Nantes par exemple on y était début mars et c’est incroyable, il y a un gros public et une bonne scène qui se bouge.


    Vous êtes d’accord pour dire que Lyon c’est aussi une ville où les gens sont plus « pointus », plus « spécialistes » dans les musiques qu’ils écoutent et les lieux dans lesquels ils vont l’écouter ?

    Q : Oui ça c’est vrai mais surtout dans la house et la techno. Il y a une longue histoire des raves dans la région, les musiques électroniques s’y sont toujours développées et oui, il y a un public de spécialistes c’est clair. Que tu retrouves dans d’autres styles, le jazz par exemple, même si pas trop dans le rap à Lyon, sinon ouais il y a clairement un public de connaisseurs.


  • LES MEILLEURES SOIRÉES PASSÉES ET À VENIR DES CHINEURS

    On a aussi demandé à "G'Boï et Jean Mi" de nous lâcher leurs impressions sur les soirées qu'il ne fallait pas / qu'il ne faudra pas louper en 2016 :

    Depuis janvier :

    TCL Party au Grrrnd Zero (23 / 01) :
    " Ancienne usine, local désaffecté. Ambiance Berlin-Est, à l’arrache. A l'entrée tu peux payer ton ticket avec un spliff si tu n'as pas assez de monnaie, tu vois le truc. On arrive direct dans une cave sans lumière, le DJ à peine eclairé. A l'extérieur il y avait une grande tente chauffée, un DJ qui mixe sur des petites enceintes Logitech de bureau, ce qui fait (quand même) le charme du truc. Ce qu'on a vraiment bien aimé c'est les DJs locaux qui tournent, la grosse tech à 150 bpm, la binche à deux euros. Un public vraiment cool, tout le monde de bonne humeur, c'était vraiment la teuf. "

    L'Ambassade Club  (n’importe quand, soirée intemporelle « quand y’a Manoo ») :
    " L'Ambassade c'est le lieu de résidence de DJ Manoo, un des meilleurs DJ afro-house du monde mais qui décide de rester à l’ambassade depuis des années. Et rien que pour l’écouter, parce qu’on a la chance de l’avoir à Lyon, c’est cool. Un mercredi sur deux il y a une session hip-hop, c'est très lourd. Il y aussi des belles soirées à thème, une autour de Masters At Work par exemple. L'organisation de Manoo donne un vrai bonus au lieu. Notre petit plus ? L'ambiance et les milfs que tu vois là bas (Quentin). La clientèle eclectique : du patron de 60piges au gitan, aux petits mecs de Vaulx-en-Velin.. Y’a de tout c’est ça qu’est bien (Anthony). "


    - Children of the Drum - Le Sucre (27 / 02 et 26 / 03) : 
    " On y allait surtout pour Mad Rey fin février et on a pas été déçus, surtout le début de son set qui était incroyable ! "

    - BoxBoys (Vient de fermer) :
    " C'était un club gay à la base, en sous-sol, qui s’est converti depuis un an aux soirées underground qui promeuvent la scène lyonnaise. C'est le fief du label B.F.D.M (Brothers From Different Mothers). Ils ont enlevé les balançoires en cuir style fistinière, mais c'est quand même une ambiance que tu retrouves pas dans d’autres clubs. C'est plus gettho, plus « fait maison », plus chaleureux. Dommage que ça vienne de fermer on y avait prévu plein de trucs sympas."

    - NH Club – (Ré)Ouverture (3 / 03) :
    " Un club généraliste qui faisait des soirées antillaises assez souvent. Ils ont ré-ouvert avec des soirées house le vendredi, qu'ils vont peut-être étendre aux samedis. Le public a suivi, il n'y a pas que des gamins, c'est un bon dancefloor avec des danseurs etc. C'est très joli et il y a un bon système son. Mais les tables de mix sont pas ouf, ils pourraient faire un effort (rires). On y sera le 15 avril. "

    - Et une fois où vous avez mixé et c’était incroyable ?
    " C’est toujours incroyable ! "


    A venir :

    - La première soirée TEMPEL au Ninkasi Gerland (1 / 04) :
    "C'est le collectif Papa Maman qui organise donc ça promet forcément du bon, ils reprennent le concept des soirées Bloc House à Paris, qui sont des bonnes grosses soirées techno."

    - En face, nous on sera le même soir au Transbordeur avec FJAAK et Damiano Van Erckert en collab avec Encore.

    - In Osmose au Bateau Bellona (8 / 04) :
    " La soirée préférée de Quentin dans le lot, une bonne soirée house avec Marcel Jefferson, Mike Dunn et Manoo, entre autres !"



    Merci pour tout les mecs, un dernier conseil avant de vous quitter ? Une info en exclu peut-être, pour tenir jusqu'au mois prochain ?

    Et bin, pendant les Nuits Sonores on fera nos "Nuits Zonards", le jeudi 5 mai au 42, à l'ancienne

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Avis Mais qui sont Les Chineurs ?

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  • Lou ZZ

    Petit Débutant

    Lourd article

    le 15/09/2016

    des petites choses bien intéressantes par là

  • Tigre

    Petit Débutant

    Muuuuuuusiiic

    le 31/03/2016

    La playlist est fooooooollle! Surtout le son de Juliano