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La Soierie, au fil de l'histoire de Lyon

Que faire à Lyon ?

le 02/09/2012

Sommaire : 

- Histoire de la soie, évolution de la soierie à Lyon 
- Anecdotes 
- Un peu de technique 
- L’histoire de Mme Letourneau 

LA SOIERIE à LYON : UN PEU D’HISTOIRE 
L’origine de la soie 
On raconte qu’en 2640 avant JC, l’impératrice chinoise Hsi-Ling-Shi prenait le thé dans le jardin de son palais, à l’ombre d’un mûrier. Quelle surprise quand une petite pelote blanche tomba dans sa tasse : c’était un cocon de ver à soie ! Elle en attrapa un bout et le cocon se déroula. Elle avait découvert le fil de soie. 

Les chinois comprirent vite que ce fil permettait de tisser une étoffe précieuse. Ils entreprirent alors la sériciculture : l’élevage des vers à soie. Ils en gardèrent le secret pendant 3000 ans. Dans l’antiquité, Grecs et Romains connaissaient la soie sous forme de tissus (qui arrivait d’Asie par la fameuse « Route de la soie »), sans pour autant savoir comment on l’obtenait… 

Ce n’est qu’au 6ème siècle après J.C que des moines de Byzance rapportèrent des œufs de vers à soie en Europe. Le secret était dévoilé et l’élevage pu commencer en particulier en Espagne et en Italie. Plus tard la culture du mûrier et la production de soie furent lancées dans le sud de la France. 

La Soie à LYON :
C’est au XVIème siècle que le tissage de la soie s’installe à Lyon sur instance du roi François 1er. 
Les italiens, très présents à Lyon à cette époque, apportent le savoir faire pour produire ces "étoffes d’or, d’argent et de soie”. 

Au XVIIIème siècle, Lyon devient « capitale de la soie ». 
Sa position de carrefour et ses grandes foires faciliteront le commerce de ces tissus destinés au plus grandes familles d’Europe. 
Les dessinateurs de soierie comme Philippe de Lassalle connaîtront un grand succès, c’est ainsi qu’on retrouve les mêmes motifs sur des tissus ornant les murs de châteaux anglais ou russes (comme l’Ermitage par exemple). 
La Révolution française va être très néfaste à cette industrie, car le tissage se faisait essentiellement sur commande de la noblesse et du clergé. 

LA SOIERIE à LA CROIX-ROUSSE au XIXème SIECLE 
Mais une nouvelle noblesse se met en place : celle de l’Empire de Napoléon. 
L’empereur passera de nombreuses commandes à Lyon, notamment ce fameux dessin : le « N » de Napoléon surmonté de la couronne de laurier. 

La mise au point de la mécanique Jacquard par Joseph-Marie CHARLES dit JACQUARD (1752-1834) à Lyon fut un soulagement apporté à la tâche des tisseurs, en particulier à celle des enfants. Inventeur fécond, pensionné par Napoléon, par la Ville de Lyon, et décoré par Louis XVIII, il est vu comme un bienfaiteur de l’humanité, ce qui lui valut sa statue au cœur de la Croix-Rousse. Pourtant les critiques ne manquent pas : 
- hier, parce qu’il privait les parents des revenus tirés du travail des enfants. 
- aujourd’hui, parce qu’on veut rendre justice - avec raison- aux inventeurs qui l'ont précédé (Falcon, Dangon, Vaucanson et Bouchon) et qui ont suivi. De même parce que l’on sait que les mécaniques Jacquard fonctionnaient mal avant les améliorations apportées par l’ardéchois Breton. 

Les tisseurs lyonnais sont appelés les Canuts. Jusque là installés dans le Vieux-Lyon et dans la presqu'île, ils manquent d’espace et de lumière et commencent alors à profiter de la construction d’un nouveau quartier, la Croix-Rousse, bien caractéristique, destiné à recevoir les ateliers de tissage. Ce mouvement part du quartier des Terreaux, où se tiennent la plupart des marchands-fabricants : les soyeux. 

Dans ces immeubles de la Croix-Rousse les plafonds sont très hauts (pour installer les métiers à tisser) ; ils ont de très grandes fenêtres rapprochées pour permettre à un maximum de lumière de pénétrer dans l’atelier. Ainsi, les tisseurs pouvaient travailler du lever au coucher du soleil. 
Beaucoup d’entre eux vivaient dans leurs ateliers avec toute leur famille. Une grande partie de l’appartement était consacrée aux métiers à tisser et une plus petite à la vie privée. Cette partie se composait d’une cuisine au rez-de-chaussée et d’une soupente (sorte de mezzanine à laquelle on accédait par une échelle) pour dormir. 

La nourriture de la famille était frugale : rarement de la viande, mais de la soupe, des pissenlits ramassés à la campagne le dimanche (à l’origine de la salade lyonnaise : pissenlits, lardons, œufs), des grattons (résidus grillés de graisse de porc), fromage blanc aux fines herbes (la cervelle de canut) et des bugnes (beignets) pour les jours de fête. 

Dans ces conditions de vie difficiles et à cause du manque de travail, les canuts se sont souvent révoltés pour protéger leur travail et leurs salaires. C’est ce que l’on appelle la « Révolte des Canuts » (1831, 1834, 1848). 

Ce quartier bourdonnant d’activité comme une ruche, favorise une vie commune, qui lui procure une âme forgée dans les efforts partagés et les luttes qui ont révélé une grande solidarité... Elle accueille progressivement les 3/4 des métiers de la ville et la soierie lyonnaise conforte son rayonnement international : 40 % des exportations vers la Grande- Bretagne, 25 % vers les Etats-Unis. 
1830 1850 1890 
Nombre total de métiers : 26.000 55.000 100.500 
À la Croix-Rousse : 15.000 35.000 40.000 
Population de Lyon : 190.000 230.000 340.000 
Population Croix-Rousse : 16.100 30.000 45.000 

Au XXème siècle, le déclin sera rapide : l’activité se mécanise (on passe de 500 à 1300 métiers mécaniques à la Croix-Rousse de 1900 à 1920) et se développe dans les régions voisines, qui n’ont pas boudé l’industrialisation. Aujourd'hui, seuls quelques métiers à bras subsistent pour répondre aux besoins des musées nationaux. 


D’OÙ VIENT LE NOM DE CANUT ? 

La légende : 

Avant la Révolution, les maîtres tisseurs étaient considérés comme des privilégiés et reconnus grâce à leur travail. Les ateliers se multipliant, un petit groupe, choisi parmi les meilleurs, fut chargé de veiller au bon fonctionnement des ateliers, il s’agissait des « Maîtres Gardes ». 
Ces « Maîtres Gardes », au nombre de 4 à Lyon, eurent entre autres, le privilège de porter la canne à pommeau droit auquel étaient accrochés des breloques en or ou en argent, qui étaient les signes distinctifs de la profession à savoir : une navette, une pincette et une paire de forces. 

A la Révolution, les tisseurs n’eurent plus de travail et vendirent tout ce qu’ils possédaient à l’exception de leurs métiers. Les Maîtres Gardes n’ayant plus d’utilité se trouvèrent aussi démunis. Eux aussi vendirent tout ce qui pouvait avoir quelque valeur pour survivre, mais ils continuèrent de représenter la profession. A l’occasion d’un enterrement, les représentants des corporations se trouvèrent réunis place des Terreaux, et l’on vit arriver les Maîtres Gardes portant toujours la canne mais sans les breloques qui avaient été vendues. Quelqu’un dans la foule se serait écrié : « Tiens voilà les cannes nues ». 

Cette appellation fut colportée, mais bannie des ateliers de tissage car considérée comme une insulte. 


Anecdote : 

Monsieur Georges Mattelon (1913-2004), Maître tisseur, me raconta cette histoire : 

En 1935, rentrant de son service militaire, la mère Perrot, plieuse, lui avait conseillé d’aller se présenter à l’atelier Delacquis rue de Sève. Là, le père Delacquis accepta de lui confier un de ses douze métiers qui faisaient alors de la cravate pour Sulka. Dans cet atelier travaillaient onze compagnons dont Fory “gueule d’amour”, Bouvier, retraité des wagons-lits, et Paul “le danseur”. L’atelier fonctionnait de sept heures du matin à dix-huit heures, avec une pause à midi pour déjeuner. A ce moment-là, les compagnons se regroupaient dans un coin au sud et sortaient leur repas. Vers treize heures, Georges Mattelon, qui avait pris sa matinée, entra dans l’atelier en s’exclamant bien fort “bonjour les canuts”. Paul “le danseur”, qui devait approcher les 1,90 m, se redressa avec son brûlot au coin de la bouche et lui dît “ça t’écorcherait la gueule de dire ‘bonjour les tisseurs’? Tous les autres compagnons gardèrent le silence et ils ne lui adressèrent plus la parole de l’après-midi. Le soir, ils partirent sans même lui dire au revoir. 
Georges Mattelon, tout retourné et ne comprenant pas ce qui se passait, alla voir le père Tribollet, vieux croîx-roussien. Celui-ci lui dit “tu es malade, tu fais une drôle de mine” l’arrivant avoua que les compagnons ne lui adressaient plus la parole. Questionné, il ajouta “je suis rentré à treize heures, et je leur ai dit ‘bonjour les canuts”’. La réponse fut immédiate. “Mon pauvre Georges, il y a cinquante ans, tu serais à l’hôpital” et il ajouta “il ne faut jamais dire canut à un tisseur à la main, c’est la dernière des insultes”. 
Nous étions en 1935 et, à la même époque, les maraichères de la Croix-Rousse frappaient encore leur bourricot récalcitrant qui transportait les légumes au marché, en leur criant “avance ou je vais te faire canut ". 
Il semble que ce soit au moment où ceux qui auraient pu prétendre à l’appellation canut ont pratiquement disparu, que l’on a cherché à relancer ce mot (Boulevard des canuts, bistro des canuts…), sans doute à des fins touristiques ou commerciales. D’un terme visiblement peu apprécié des anciens ouvriers en soie, parce que péjoratif on l’utilise aujourd’hui sans connotation négative. 


Autres hypothèses 

Canut viendrait tout simplement de canette, la bobine de soie que l’on introduit dans la navette. Dans ce cas, pour quelle raison le terme de canut n’apparaît dans aucun ouvrage antérieur à la Révolution ? En effet, la question se posait déjà en 1828 car dans tous les livres du XVIIIème siècle il est toujours question « d’ouvriers en fils d’or, d’argent et de soie ». 

Canut viendrait de « Canusium », ancienne ville d’Italie célèbre pour ses manufactures de draps. 

Canut viendrait effectivement de canne nue mais par opposition aux rubaniers qui portaient à leur canne un ruban de velours. 


Un peu de technique ... 

Le tissage 
Le principe de tissage est le même que l’on tisse une étoffe ou des galons : les fils de chaîne, dans le sens de la longueur, passent dans des anneaux appelés cafards, reliés aux fils d’arcade verticaux. Les arcades, par l’intermédiaire des crochets, sont sélectionnées par la mécanique Jacquard se trouvant au dessus du métier. Ils vont être tirés et vont entraîner les fils de chaîne. Ainsi la nappe de fils va s’ouvrir : entre les deux va passer la navette, qui contient la cannette, et va déposer le fil de trame (dans la largeur). Ensuite le battant va venir en avant et, grâce au peigne (pièce métallique), il va tasser le fil de trame contre ce qui est déjà tissé. Et l’opération recommence… 

OU 

Le tissage à bras 
Le tisseur dispose d'une marche (pédale), qui lorsqu'elle est enfoncée par le pied, soulève une partie des fils de chaîne par l'intermédiaire d'une mécanique Jacquard. Le carton perforé (comme un programme informatique) décide quels fils seront soulevés, déterminant ainsi si le fil de trame passera dessus ou dessous. 
Entre les 2 nappes de fils de chaîne ainsi séparées, s'est ouvert un passage, appelé la foule, dans lequel le tisseur lance manuellement la navette. Ensuite, il tire à lui un battant de bois muni d'un peigne, qui vient tasser le fil de trame contre le tissu qui s’enroule devant lui. 
L'ensemble de ces mouvements est repérable dans la célèbre formule du Bistanclac-Pan : 
- BIS : le pied soulève les fils 
- TAN : la navette traverse 
- CLAC : la chaîne se referme 
- PAN : le battant frappe le tissage. 
Il faut environ trente de ces "coups" pour réaliser 1 centimètre de tissu et l'on arrive à frapper jusqu'à 100 coups par minute, soit une production d'environ 5 mètres de tissu simple par jour.


L'histoire de Mme Létourneau


L’atelier Municipal de Passementerie (situé au 21 rue Richan, Lyon 4ème) est devenu le siège de l’association pour la sauvegarde du patrimoine des métiers de la soierie : Soierie Vivante. 

C’était l’atelier de Mme Létourneau. La passementerie, c’est le tissage en petite largeur : les rubans, les galons. Ici on tissait des galons avec des fils métalliques : d’or et d’argent. 
Pour les militaires (galons), l’ameublement (décoration de canapés, rideaux, etc.), l’Eglise (ornements sacerdotaux). 

La famille de Mme Létourneau (les Dunoyer) s’installe ici à la fin XIXème. 
Ils sont locataires mais possèdent les métiers. 
Mme Létourneau est née ici en 1912, derrière la cloison qui séparait l’appartement de l’atelier. 
Elle avait 2 frères aînés c’est pour cela qu’il y avait 3 métiers : un pour le père et deux pour les fils. Malheureusement ses frères sont tués pendant la première guerre mondiale. Mme Létourneau étant la seule héritière des métiers, elle décide de reprendre l’atelier en 1925 (elle a 13 ans) où elle travaille avec son père. 
Elle a travaillé ici jusqu’en 1980 et quand elle prend sa retraite (à 68 ans), elle ne trouve aucun repreneur. 
Elle décide d’en faire un lieu de mémoire, et le vend à la Ville de Lyon en 1982. Mais la Municipalité n’a pas les moyens de s’en occuper et l’atelier reste fermé au public pendant une dizaine d’années. 
Au début des années 90 elle apprend que l’atelier va être vidé, les métiers démontés, pour faire un logement à la place. 
A plus de 75 ans Mme Letourneau va rassembler toutes ses connaissances, ses amis, anciens collègues, historiens et amoureux du quartier. Ensemble ils vont organiser des pétitions, des manifestations, convoquer des journalistes …. C’est en 1993 que l’association Soierie Vivante sera créée et se propose d’entretenir les métiers, d’animer l’atelier, payer les factures, faire connaître le lieu, accueillir les visiteurs pour les visites guidées et les démonstrations. La Ville de Lyon accepte alors de revenir sur son projet de déménagement et remet les clés à l’association. 
Aujourd’hui ils reçoivent une subvention de la Ville de Lyon. 

Les métiers : ils sont très beaux, en noyer, ouvragés, datant de 1880. 
Ils étaient, à l’origine prévus pour fonctionner sans électricité, il fallait les manœuvrer à la main. 
Ces métiers ont été électrifiés au début du XXème siècle, les moteurs sont d’origine mais rebobinés et à ce moment un ouvrier pouvait faire fonctionner 2 métiers. 

Mme Létourneau a travaillé sur ces deux métiers pendant plus de 50 ans. Elle a travaillé pour les fabricants d’ornements liturgiques, les maîtres tailleurs militaires, les entreprises d’ameublement, pour différents pays d’Europe (Angleterre, Espagne, Italie…) mais aussi pour l’Europe de l’Est (église orthodoxe), les USA, le Brésil… 

Démonstration : regardez les fils de chaîne se séparer en deux nappes, les navettes passer et les cartons perforés de la mécanique Jacquard qui défilent : un carton différent à chaque passage de navette.

L’association Soierie Vivante propose de visiter deux ateliers : 
le tissage (rue Godart) et la passementerie (rue Richan).

Définitions 

La “Fabrique” Lyonnaise du XIXème siècle : une vieille organisation de type corporatif, héritée de l’Ancien Régime. Cette fabrique, comporte trois éléments : 

- Les négociants, ou “Marchands-Fabricants”ou Soyeux : entre 400 et 1000 entrepreneurs. La majeure partie est installée au pied de la Croix-Rousse. Ils font venir la soie, la font préparer, font faire les dessins des tissus (cartons perforés), se chargent d’écouler la marchandise. Ils ne “fabriquent” pas : ils donnent ce travail à façon aux ateliers de tissage des Canuts. 

- Les chefs d’ateliers ou maîtres-ouvriers, au nombre d’environ 8000. Propriétaires des métiers installés dans leurs domiciles, ils travaillent et font travailler leur famille, des apprentis et compagnons, mais dépendent du “tarif” que leur octroient les négociants. 

- Les compagnons ou ouvriers, au nombre de 40.000, environ, embauchés, parfois même logés et nourris par le chef d’atelier.Ils ont le plus souvent des conditions de travail et d’existence très rudes.

 

 

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    • Guy Flamand

      Petit Débutant

      Bravo !

      le 16/08/2015

      Quelle magnifique rétrospective . fils de lyonnais de la Croix Rousse j'ai apprécié ! Je connais J.Claude Mattelon fils de Georges qui vit maintenant en Auxois .